Contrairement aux a prioris que l'on aurait, je pense qu'être loin de chez soi est souvent plus facile que d'être de retour. Quand on est loin, d'une certaine façon, la pensée que l'on vient d'ailleurs nous permet d'avoir un peu de nostalgie pour cet ailleurs. Cette nostalgie nous est douce, et nous renvoie de façon très légitime et facilement acceptable par nous-mêmes au monde dont l'on s'est éloigné, et vers ceux que l'on a laissés.
Mais quand on revient, c'est une autre histoire. On retrouve ce monde, on est réengloutie dedans. Il est plus difficile de garder un pied dehors, de conserver une certaine distance face aux événements qui nous affectent.
Lorsque l'on est loin de chez soi, on peut toujours se bercer que l'on vient d'ailleurs, et que là-bas, on y a des amis, de la famille, des possibilités. On connaît cet endroit, on en a compris les rouages et les mécanismes, et cela nous permet d'extrapoler et d'avoir une idée assez précise (je ne dis pas ici juste ou vraie) de ce que nous pourrions être en train de faire si nous étions restés.
Mais quand vient le moment où l'on rentre chez soi, c'est une autre histoire: il ne s'agit plus de possibles mais de réalités. Et le monde que l'on a laissé afin de revenir ne nous permet pas la douce rêverie que l'on voudrait symétrique à la première évoquée. On ne connaît pas assez le monde que l'on a laissé pour pouvoir réalistement se bercer de ce que nous serions en train d'y faire. Là-bas, tout ou presque était expérience, nouveauté. Il fallait être en alerte pour avancer et s'en sortir dans cette société où les repères n'étaient pas les nôtres instinctivement. On avait toujours l'excuse envers soi-même - ou l’apaisement - de savoir que l'on vient d'ailleurs lorsque tout ne marchait pas comme prévu ou que l'on se prenait des portes dans le nez.
Par ailleurs, loin de chez soi, on se lie à d'autres personnes qui sont loin de chez elles, et on rencontre le monde entier. On s'habitue à un mélange culturel et linguistique, on apprend à communiquer avec des références différentes. On rencontre aussi les gens de là, et on accueilli en tant que voyageur, en tant que personne loin de chez elle. Quand on revient, on attend de nous que nous nous refondions dans l'existence sans plus de remous: nous la connaissons la vie ici, nos proches sont autour de nous!
En plus de tout ça, on s'était si souvent tellement préparés à partir, on y avait pensé. Mais revenir, alors là, pas du tout! J'ai l'impression que l'avis unanime des gens qui ont vécu des expériences de ce genre est que le retour est quelque chose qui est arrivé, mais sur lequel on n'avait pas médité. Il était évident que nous reviendrions un jour. Et c'est aussi pour cela que le retour est dur: nous sommes difficilement prêts à accepter qu'il est difficile et souvent malaisé.
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